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"Ces deux derniers bâtiments
ont mis au même bord que moi et ont diminué de voile. Après avoir fait toutes
mes dispositions pour le combat, j'ai viré sur la frégate qui a fait porter
grand largue sur moi, quand elle a vu que j'avais dessein de l'attaquer J'ai
reconnu ce bâtiment pour une frégate percée a 15 sabords en batterie, dont 14
étaient garnis de canons et elle en avait sur son gaillard, depuis l'extrémité
de son arrière, jusqu'au grand mât.
J'ai cargué mes basses
voiles et me suis mis comme elle, sous les deux huniers. Nous avons hissé notre
pavillon, chacun par le travers l'un de l'autre. J'ai assuré le mien par toute
ma bordée de tribord que je lui ai lâchée en la dépassant. Elle ne m'a riposte
que par quelques coups. J'ai jugé que son dessein était d'arriver dans ma poupe
pour m'envoyer sa bordée entière. En conséquence, j'ai arrivé tout plat,
vent arrière et par ce moyen, je me suis trouvé par son travers. Nous
avons commencé alors, un feu vif de part et d’autre à demie portée.
Après une demie heure de
combat dans cette position, je me suis aperçu qu'elle faisait tous ses efforts
pour se laisser culer afin de me prendre par l'arrière, par la marche supérieure
que j'avais sur elle à même voilure et mon dégréement total de bras continuant
de lui faciliter ce mouvement. Je parvins cependant à venir un peu au vent et je
trouvai par cette manœuvre dans la position de la battre de tous mes canons, de
l'avant à l'arrière, comme elle me battait de l'arrière à l'avant. Le combat a
duré ainsi pendant 1 heure avec vivacité de part et d'autre, mais mon feu étant
supérieur au sien, elle saisit l'instant ou je la dépassais, pour mettre son
petit hunier à culer et peu après, elle a tenu le vent. Je lui ai envoyé trois
coups de canon auxquels elle n'a pas riposté. Mon gréement étant haché de
manière à ne pas pouvoir tenir le vent, j'ai laissé tomber la misaine pour
m'éloigner afin de le réparer dans l'intention de recommencer le combat.
Elle a continué à tenir le vent et j'ai jugé que son projet n'était pas d'en
venir à un second engagement.
En travaillant à réparer
les manœuvres coupées, j'ai eu connaissance de l'avant de moi, du schooner qui
était de sa compagnie. J'ai mis toutes les voiles que j'ai pu pour le chasser.
Je l'ai poursuivi à la vue de la frégate anglaise, jusque sous la pointe Montuk
que j'ai approchée jusque par les 6 brasses d'eau. La crainte de compromettre la
frégate m'a fait lever chasse. Si les vents n'avaient pas calmé, je m'en serais
infailliblement emparé, ce qui aurait décidé la question de l'avantage de cette
rencontre.
Ce combat a duré 1 heure 1
/2, toujours à demie portée de fusil. J'ai eu 10 hommes tués roides et 37
blessés. Je pense que la frégate ennemie a perdu beaucoup plus de monde, mes
canonniers ayant constamment tiré à plein bois. Je l'ai pour cette raison, peu
dégréée, le plus grand désordre ayant par contre, été porté dans mes voiles et
dans mes manœuvres.
Cette frégate portait du 12
en batterie et du 9 sur ses gaillards. Elle avait une mousqueterie bien servie.
J'ai tiré dans ce combat, 260 coups de canon, 140 coups de pierriers et 1 280
coups de fusil et d'espingole.
Etat des tués et blessés
dans le combat :
Joseph Motay, aide
canonnier; chef de la première pièce à la batterie;
Pierre Colin, quartier
maître; sur le gaillard d'arrière à la manœuvre;
Léon Metreau, matelot; à la
première pièce à la batterie;
Jean-Baptiste Careau,
matelot; sur le gaillard d'arrière;
Pierre Leneau, matelot; sur
le gaillard d'arrière;
Jean Laroche, matelot; sur
le gaillard d'arrière;
Mathieu Bruneau, matelot;
sur le gaillard d'arrière;
André Chain, matelot; sur
le gaillard d'arrière;
Jean Dumeau, mousse; sur
les passavants;
Jean Bernard, mousse; à la
batterie.
10 tués…………. 37
blessés"
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