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"A minuit et demi, le général
a fait signal de virer vent devant, tous en même temps. A 1 heure, j'ai pris les
amures sur bâbord, le cap au N.O, les vents à O.S.O. petit frais. A 2 heures,
le Conquérant a un peu arrivé pour rallier le général. J'ai suivi ses
mouvements. Au jour, j'ai eu connaissance d'un bâtiment au vent que j'ai signalé
au commandant. Peu après, l'ayant reconnu frégate, je l'ai signalé au commandant
qui m'a fait celui de pincer le vent et de l'aller reconnaître. J'ai fait de la
voile en conséquence. Peu après, l'ayant reconnu pour frégate ennemie, je l'ai
signalé au commandant qui a fait signal à l’Eveillé de chasser. A 7 heures,
j'ai découvert sept voiles de l'arrière que j'ai signalé. L'Ardent a fait le
même signal et y a ajouté celui d'une escadre. Le général a fait signal aux
bâtiments chasseurs de rallier. L'Eveillé ayant exécuté le signal, j'ai fait de
même. Le général a fait signal à 8 heures, de se mettre en bataille, les amures
sur bâbord. La frégate ennemie a viré de bord et a tiré plusieurs coups de canon
de distance en distance, larguant ses écoutes de perroquet. Les vents qui
s'étaient tenus jusqu'alors à Ouest et à O.N-O., ont passé au Nord et N.N-E, bon
frais, le temps sombre et brumeux. Par ce changement de vent, nous nous sommes
trouvés au vent des ennemis que nous avons aperçu dans une éclaircie sous le
vent, au nombre de 11 voiles dont huit vaisseaux à deux batteries et trois
frégates se formant en ligne sur celle du plus près bâbord. A 8 heures 1
/4, notre ligne de bataille était presque formée. Le général a fait signal pour
faire virer l'escadre vent devant par la contremarche. En donnant vent
devant, la vergue du grand hunier de l'Ardent a cassé; le même accident est
arrivé au vaisseau l'Eveillé. Ces deux bâtiments ont travaillé à réparer ce
malheur. A 9 heures 1 /4, la ligne de bataille a été formée sur la ligne du
plus près tribord, le cap au N.O. 1 /4 N. A 10 heures, le général m'a fait
signal de passer à poupe. J'ai arrivé sur lui. Il m'a dit qu'il n'avait pas
d'ordre à me donner pour ce moment mais que je me tienne dans ses eaux. A 10
heures 1 /2, il a fait le signal de virer de bord vent devant par la
contremarche mais le vent fraîchissant, il a annulé ce signal et a hissé
celui de virer de bord lof pour lof par la contremarche. J'ai demandé la
permission au général d'occuper pendant le combat, le poste de la Surveillante
par son travers. Cette frégate ayant été chargée d'une commission particulière,
il me l'a accordée. En conséquence, j'ai manœuvré pour rester par son travers au
vent A 11 heures, la ligne de bataille s'est trouvée formée sur la ligne du plus
près bâbord. A la même heure, l'Ardent a eu l'avarie de sa vergue réparée. A 11
heures 1 /4, le général a fait signal au Fantasque d'arriver vent arrière, ce
vaisseau étant constamment tenu trop au vent. A 11 heures 1 /2, nous avons
découvert une voile au vent que cru être la Surveillante. J'ai en conséquence,
mis mon numéro pour lui faire connaître quelle place était la sienne, mais ce
bâtiment s'étant un peu rapproché, j'ai reconnu au gréement que c'était une
frégate des ennemis qui a tenu le vent. Le temps se soutenant très brumeux, je
l'ai bientôt perdue de vue. A 11 heures 3/4, le général a fait signal de
serrer la ligne et à midi, celui de forcer de voiles à la seconde division. A
1 heure 10 minutes, le général a fait le signal de virer lof pour lof par la
contremarche et au vaisseau de tête, d'arriver de quatre quarts, les ennemis
étant sur le point d'atteindre notre arrière-garde. A l'exécution de notre
manœuvre, ils ont fait porter, chaque vaisseau de leur ligne arrivant sur celui
qui lui était opposé dans la nôtre. A 1 heure 35 minutes, le premier vaisseau de
la ligne ennemie a fait feu sur le Conquérant, premier vaisseau de la
nôtre qui lui a riposté avec vivacité. Le combat s'est successivement engagé
dans toute la ligne, le feu très vif de part et d'autre. Le Conquérant a soutenu
le feu de plusieurs vaisseaux à la fois et a fait le plus beau feu. A 1 heure
3/4, le général a fait signal au vaisseau de tête de tenir le vent. Le général
s'est battu contre l'amiral anglais et le London de 98. Le combat a continué
jusqu'à deux heures que le feu des Anglais a commencé à diminuer, ayant
plusieurs de leurs vaisseaux désemparés, entre autres, l'amiral qui avait sa
vergue de grand hunier coupée et toutes ses voiles à culer. Un de leurs
vaisseaux est arrivé vent arrière, paraissant avoir beaucoup souffert. C'est
celui qui a commencé le combat. A 2 heures 25 minutes, le général a fait signal
d'arriver lof pour lof et de se mettre en bataille sur la ligne du plus près
bâbord, les vents au N.E. Ce mouvement a été exécuté
avec autant de justesse que de promptitude et par cette habile manœuvre,
l'ordre a été rétabli au moment où la chaleur du combat et les manœuvres
forcées par celles des ennemis, avaient jeté un peu de confusion dans notre
ligne, comme il y avait la plus grande dans la leur. Les ennemis s'étant
rassemblés en pelotons, toutes leurs voiles sur le mât et dans le plus mauvais
ordre, à 2 heures 3/4, le général a fait signal au vaisseau de tête d'augmenter
de voiles. Il avait fait précédemment, celui de se mettre en bataille comme on
se trouvait, sans avoir égaré à l'ordre de bataille ordinaire. A 3 heures, le
Conquérant a fait signal que son gouvernail était endommagé au point de ne
pouvoir se réparer à la mer et qu'il était hors d'état de continuer le combat A
4 heures, le général a fait signal d'arriver au S.E. il m'a donné ordre peu
après, d'aller m'informer du Conquérant; quelles étaient ses avaries. J'ai
manœuvré pour aller parler à ce vaisseau qui s'est borné à me dire qu'elles
étaient des plus considérables. J'ai vu en effet, les pompes de ce vaisseau
jouer. J'ai rallié le général et lui ai rendu la réponse du Conquérant. Il m'a
donné ordre d'aller m'informer de l'état du vaisseau l'Ardent. J'ai manœuvré
pour cela et j'ai parlé à ce vaisseau ainsi qu'à l'Eveillé et au Romulus pour
connaître le détail des avaries de ces vaisseaux. J'ai arrivé sur le général
pour lui rendre compte et je me suis remis à deux encablures par son travers,
gouvernant au S.E, les vents au N.E bon frais, le temps pluvieux et très
obscur. Depuis hier, la route m'a valu l'Est 2° Nord. Chemin : ... Latitude
estimée : 37° 21'. Longitude assurée : 77° 33', ce qui me met dans l'E. 1 /4 N.E
du cap Charles, à la distance de 16 lieues, champ de bataille du combat. On a
observé que la frégate que j'ai aperçue au vent a rallié son escadre pendant le
combat et qu'ils étaient douze voiles dont huit vaisseaux de guerre. A la nuit,
le commandant a allumé ses trois feux de poupe. Les chefs de la seconde et
trois »ième division en ont fait autant. Toute la nuit on a gouverné au S.E
sous petites voiles." |